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Contactez-nousUtiliser une IA ou une API existante empêche-t-il de bénéficier du CII ? Découvrez les critères d'éligibilité, les pièges à éviter et les bonnes pratiques.
Manager en fiscalité de la recherche – France
Publié le: 11/06/2026
5 minutes de lecture
Depuis l'essor de l'intelligence artificielle générative, une question revient systématiquement chez les dirigeants avec qui nous échangeons : si notre produit repose sur ChatGPT, Mistral, une API de vision ou un autre service existant, pouvons-nous encore bénéficier du Crédit d'Impôt Innovation (CII) ?
La réponse est non : l'utilisation d'une technologie développée par un tiers n'exclut pas, à elle seule, l'éligibilité au CII. En revanche, cette utilisation ne suffit pas non plus à caractériser une innovation au sens fiscal.
Pour votre entreprise, le véritable sujet n'est donc pas de savoir si l'entreprise utilise une IA existante, mais de démontrer que les travaux réalisés ont conduit à la conception d'un produit nouveau présentant des performances supérieures par rapport aux produits déjà disponibles sur le marché.
C'est précisément ce que retient la doctrine administrative relative au Crédit d'Impôt Innovation.
Contrairement à une idée répandue, le CII ne récompense pas l'utilisation d'une technologie innovante.
La doctrine administrative précise que le dispositif vise les opérations de conception de prototypes ou d'installations pilotes de produits nouveaux. Pour être considéré comme nouveau, le produit doit :
Autrement dit, l'administration ne cherche pas à savoir si vous utilisez le dernier modèle d'intelligence artificielle disponible. Elle cherche à comprendre ce que votre entreprise a conçu et en quoi ce produit apporte une amélioration sensible par rapport à l'existant.
Pour un dirigeant, cette distinction est essentielle : un projet utilisant une technologie de pointe peut être inéligible, tandis qu'un produit reposant sur des briques standards peut parfaitement entrer dans le champ du CII.
Dans la pratique, très peu d'entreprises développent aujourd'hui leurs propres modèles d'intelligence artificielle.
La majorité construit ses solutions à partir de briques existantes :
Cette approche est parfaitement normale et n'est pas incompatible avec le CII.
L'innovation peut résider dans l'architecture globale, dans les développements spécifiques réalisés autour de ces briques, dans l'expérience utilisateur ou dans les performances obtenues.
Entreprise A développe une plateforme destinée aux cabinets d'assurance. Elle utilise un modèle de langage existant pour analyser les déclarations de sinistre, mais conçoit un moteur métier capable de croiser automatiquement plusieurs sources documentaires, d'identifier les incohérences et de générer des propositions de traitement adaptées à la réglementation sectorielle. L'intelligence artificielle n'est qu'un composant parmi d'autres. La valeur ajoutée provient de la conception du produit dans son ensemble et des performances obtenues pour les utilisateurs.
Dans cet exemple, l'API n'est pas l'innovation. L'innovation réside dans le produit conçu grâce à cette technologie.
À l'inverse, certaines entreprises assimilent trop rapidement l'utilisation de l'intelligence artificielle à une innovation éligible.
Or, intégrer une API existante sans véritable travail de conception revient souvent à utiliser un composant standard.
Entreprise B souhaite proposer un assistant conversationnel sur son site internet. Les équipes connectent une API existante, rédigent quelques prompts, personnalisent l'identité graphique et mettent la solution en production en quelques jours. Les fonctionnalités offertes sont comparables à celles de nombreux outils déjà disponibles sur le marché et aucune amélioration sensible n'est démontrée.
Dans une telle situation, il sera difficile de soutenir que l'entreprise a conçu un produit nouveau au sens du CII.
L'administration pourrait considérer que les travaux réalisés relèvent principalement de l'intégration informatique ou de l'adaptation d'une solution existante, sans création d'un produit présentant des performances supérieures.
Retenez ceci :
Autrement dit, ce n'est pas parce qu'un projet utilise de l'intelligence artificielle qu'il relève automatiquement du Crédit d'Impôt Innovation.
Lors d'un contrôle fiscal, la question ne sera généralement pas : « Quel modèle d'IA avez-vous utilisé ? » Elle sera plutôt : « Quels travaux de conception ont permis d'obtenir un produit nouveau et quelles performances supérieures pouvez-vous démontrer ? »
L'effort d'innovation peut notamment résider dans :
Le point commun entre ces situations est que l'entreprise apporte une véritable valeur de conception, au-delà de la simple utilisation d'une technologie existante.
La doctrine administrative insiste sur un point souvent sous-estimé : la supériorité des performances doit être sensible, observable et mesurable.
Cette démonstration constitue souvent le point faible des dossiers.
Beaucoup d'entreprises expliquent les développements réalisés mais apportent peu d'éléments permettant de comparer leur produit aux solutions existantes.
Pourtant, quelques indicateurs concrets peuvent faire la différence :
La doctrine fiscale précise d'ailleurs que cette supériorité peut être démontrée par des essais ou des comparaisons objectives avec les produits existants.
Pour un CEO ou un DAF, cela signifie qu'il est préférable d'anticiper cette démonstration dès le lancement du projet plutôt que de tenter de la reconstituer plusieurs années plus tard lors d'un contrôle.
On ne le répète jamais assez : il est plus que nécessaire d’anticiper au maximum la documentation.
Une bonne pratique consiste à documenter le projet tout au long de son développement.
Il est notamment recommandé de conserver :
Cette documentation permettra de démontrer que l'entreprise ne s'est pas contentée d'intégrer une API existante mais qu'elle a conduit une véritable opération de conception d'un produit nouveau.
Pour un DAF, cette démarche présente également un intérêt en matière de gouvernance : elle facilite la justification des dépenses retenues dans l'assiette du CII et renforce la robustesse du dossier en cas de contrôle.
Les entreprises utilisant l'intelligence artificielle commettent souvent les mêmes erreurs :
En pratique, les projets les mieux sécurisés sont rarement ceux qui utilisent les technologies les plus complexes.
Ce sont ceux dont les équipes sont capables d'expliquer clairement quelle problématique existait, quelles solutions étaient disponibles sur le marché, quelles difficultés ont été surmontées et quelles améliorations mesurables ont été obtenues.
Oui. L'utilisation d'un modèle existant n'empêche pas l'éligibilité. L'analyse porte sur le produit conçu et sur les performances qu'il apporte, et non sur le caractère propriétaire de la technologie utilisée.
Non. Aucune disposition de la doctrine fiscale n'impose de développer un modèle propriétaire. Ce qui compte est la conception d'un produit nouveau répondant aux critères du CII.
En pratique, une intégration standard sans développements spécifiques ni amélioration sensible des performances aura peu de chances de satisfaire aux critères retenus par l'administration.
Il est recommandé de conserver les cahiers des charges, les études de marché, les documents de conception, les comptes rendus de tests, les comparatifs avec les solutions existantes et tout élément permettant d'établir objectivement les performances supérieures du produit.
L'intelligence artificielle transforme profondément les méthodes de développement, mais elle ne modifie pas les critères d'éligibilité du Crédit d'Impôt Innovation. Le fait d'utiliser une API ou un modèle existant n'est ni un obstacle, ni un critère suffisant.
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