CIR internalisé ou externalisé : quelle stratégie choisir pour votre entreprise ?

CIR internalisé ou externalisé : quelle stratégie choisir pour votre entreprise ? Avantages, coûts, risques fiscaux et critères de décision pour dirigeants.

Olivier Equey

Manager en fiscalité de la recherche – France

Publié le: 17/02/2026

5 minutes de lecture


Le CIR peut devenir un levier de financement très significatif.

La vraie question n’est pas seulement d’y avoir droit, mais de savoir comment l’entreprise l’exécute et le sécurise dans la durée.

Quel est le cadre officiel qui s’impose quel que soit votre choix ?

Internaliser ou externaliser ne change pas les règles du jeu. Le cadre légal est fixé par l’article 244 quater B du Code général des impôts. Les critères d’éligibilité et la façon d’apprécier les dépenses sont détaillés dans la doctrine administrative, notamment sur les dépenses de recherche éligibles au CIR.

Pour une direction financière, c’est un point de gouvernance : l’administration contrôle la cohérence entre travaux, dépenses, et dossier. Le fait qu’un cabinet soit intervenu ne modifie pas la responsabilité de l’entreprise.

Que signifie réellement “internaliser” le CIR ?

Internaliser signifie prendre en charge en interne la préparation et la production du CIR. Selon les entreprises, l’internalisation est totale ou partielle, mais l’idée est la même : l’entreprise garde le pilotage opérationnel.

Concrètement, internaliser peut couvrir l’identification des projets, la justification technique, la collecte des preuves, la structuration du dossier, le calcul de l’assiette, la préparation des éléments déclaratifs, et parfois la gestion des échanges en cas de question ou de contrôle.

Cela impose une organisation stable, car le CIR est un processus annuel qui mobilise plusieurs fonctions. Le CFO s’assure de la cohérence financière, le CTO ou responsable R&D porte le contenu scientifique, et la direction générale arbitre le niveau de risque acceptable.

Quelles sont les briques de travail incontournables d’un CIR, quelle que soit la stratégie ?

Un CIR robuste repose sur quatre briques, même si vous les répartissez différemment entre interne et externe.

La première brique est la qualification des projets. Il faut démontrer que les travaux relèvent de la recherche au sens fiscal, au regard des critères rappelés dans la doctrine sur les dépenses de recherche éligibles. Cette brique est technique et peut être difficile dans les secteurs où les frontières entre ingénierie et R&D sont fines.

La deuxième brique est la traçabilité. Une direction financière doit être en mesure d’expliquer qui a travaillé sur quoi, quand, avec quels livrables, et pourquoi cela correspond à de la R&D. Sans traçabilité, le dossier se fragilise.

La troisième brique est l’assiette. Salaires, amortissements, sous-traitance, frais associés : chaque ligne doit être justifiée et raccordée au périmètre R&D. La doctrine BOFiP sur le CIR sert ici de référence pour éviter de mélanger dépenses éligibles et non éligibles.

La quatrième brique est la capacité de défense. Même un bon dossier peut faire l’objet de questions. La posture et la documentation doivent être compatibles avec un contrôle, dont le cadre général est présenté dans la doctrine relative au contrôle fiscal des crédits d’impôt.

Quelles compétences faut-il réellement pour internaliser sans fragiliser le dispositif ?

Internaliser demande des compétences hybrides. Ce n’est pas seulement une compétence fiscale, ni seulement une compétence technique.

Côté technique, il faut savoir rédiger un récit de R&D compréhensible, structuré, et aligné avec les critères administratifs. L’écueil classique est d’écrire un document trop “marketing produit” ou trop “chronique de développement”, sans démontrer l’incertitude scientifique ou technique, les verrous, les hypothèses, les essais, et les résultats.

Côté finance, il faut construire une assiette propre. Cela implique de définir des règles internes de ventilation du temps, de traitement des primes, des charges sociales, de la sous-traitance, et de la comptabilité analytique associée. Une entreprise peut avoir un excellent dossier technique et une assiette fragile, ou l’inverse.

Côté gouvernance, il faut un responsable interne du CIR, capable de faire travailler ensemble R&D et finance, de planifier le calendrier, et d’anticiper les points de friction.

Quels sont les avantages d’un CIR internalisé pour un CEO ou un CFO ?

Le premier avantage est la maîtrise. L’entreprise contrôle le niveau de prudence et la cohérence entre la réalité opérationnelle et le dossier. Elle évite aussi une dépendance à un prestataire, ce qui est utile lorsque l’activité de R&D est récurrente et bien structurée.

Le deuxième avantage est l’apprentissage. Internaliser force l’entreprise à clarifier ses projets, ses jalons, ses livrables, et sa traçabilité. À terme, cela améliore souvent la discipline de pilotage R&D, y compris au-delà du CIR.

Le troisième avantage est économique. Une fois la machine en place, le coût marginal peut être inférieur à une externalisation récurrente, surtout si l’entreprise sait standardiser ses gabarits de dossier et fiabiliser ses règles d’assiette.

Quels sont les risques les plus fréquents d’un CIR internalisé ?

Le premier risque est le risque de dépendance à une personne clé. Beaucoup d’organisations reposent sur un binôme CFO/CTO, ou sur un responsable CIR unique. Un départ peut entraîner une perte de méthode et de mémoire, et donc une dégradation progressive.

Le second risque est l’auto-aveuglement. Sans regard externe, certaines équipes finissent par élargir le périmètre des projets déclarés ou par relâcher le niveau de preuve, surtout quand le CIR devient une routine. Or la doctrine d’éligibilité reste la même, et un contrôle peut intervenir plusieurs années après.

Le troisième risque est la charge de travail. Le CIR se superpose souvent à la clôture et aux priorités produit. Si le processus n’est pas industrialisé, la qualité baisse, et le risque augmente.

Exemple : quand l’internalisation fonctionne bien dans la durée

Exemple : Entreprise A est une PME industrielle qui mène des programmes R&D relativement stables, avec des cycles pluriannuels. Après deux exercices accompagnés, elle internalise. Elle met en place une gouvernance simple : un responsable technique rédige les éléments projet, la finance consolide l’assiette, et une revue annuelle valide le niveau de risque.

Chaque projet a un dossier vivant, mis à jour trimestriellement. L’entreprise conserve des preuves, notamment des comptes-rendus d’essais, des logs, des rapports de tests, et des arbitrages techniques. Dans ce contexte, internaliser réduit les coûts externes et renforce la cohérence.

Que signifie réellement “externaliser” le CIR ?

Externaliser signifie confier à un cabinet une partie significative de la production du CIR. Le cabinet peut intervenir sur l’éligibilité, la rédaction, l’assiette, la compilation des justificatifs, la préparation des éléments déclaratifs, et parfois l’assistance en cas de contrôle.

L’avantage perçu est immédiat : expertise et gain de temps. Le risque sous-estimé est aussi immédiat : une externalisation mal pilotée peut produire un dossier déconnecté de la réalité, et l’entreprise reste responsable.

Les critères d’éligibilité, rappelés dans la doctrine sur les dépenses de recherche éligibles, s’imposent de la même façon. Un cabinet sérieux aligne son approche sur ces critères. Un cabinet plus agressif peut pousser une lecture extensive, ce qui augmente l’exposition.

Quels sont les avantages d’un CIR externalisé pour une entreprise en croissance ?

Le premier avantage est la vitesse. Une entreprise qui découvre le CIR peut accélérer, éviter des erreurs structurantes, et construire une première version de dossier conforme aux attendus administratifs.

Le deuxième avantage est l’accès à une méthode. Les meilleurs cabinets apportent des modèles de structuration, une logique de narration technique, des checklists de preuves, et une capacité à cadrer les zones grises.

Le troisième avantage est le soulagement organisationnel. Pour un CFO, externaliser réduit la charge interne et limite la mobilisation des équipes en période critique.

Quels sont les inconvénients classiques de l’externalisation ?

Le premier inconvénient est le coût. Selon le modèle d’honoraires, l’externalisation peut devenir très onéreuse, surtout en rémunération au succès. C’est un arbitrage financier direct pour la direction.

Le deuxième inconvénient est la dépendance. Si l’entreprise délègue tout, elle peut perdre la connaissance des règles et du dossier, ce qui la rend vulnérable au changement de prestataire ou à un contrôle.

Le troisième inconvénient est la qualité variable. Certains cabinets produisent des dossiers standardisés, très beaux sur la forme, mais faibles sur le fond. En cas de contrôle, la forme ne protège pas.

Exemple : quand l’externalisation est rationnelle malgré le coût

 Exemple : Entreprise B est une scale-up logicielle en hypercroissance, avec des équipes focalisées sur le produit et le marché. Les projets R&D évoluent très vite, et la documentation interne est inégale. La direction décide d’externaliser le CIR pour sécuriser la méthode et structurer un dossier défendable.

L’externalisation est un choix rationnel car le coût externe est inférieur au coût d’opportunité interne, et parce que l’entreprise n’a pas encore la maturité pour industrialiser le processus.

Une stratégie hybride est-elle souvent le meilleur compromis ?

Oui, très souvent.

Le modèle hybride consiste à internaliser ce qui est naturellement interne, et à externaliser ce qui bénéficie d’un regard expert. Par exemple, l’entreprise peut garder l’identification des projets et la collecte des preuves, tout en confiant au cabinet la revue d’éligibilité, la structuration du récit, et la validation de l’assiette.

Ce modèle a un avantage majeur pour un CFO : il limite les honoraires tout en sécurisant les points sensibles. Il a aussi un avantage de gouvernance : l’entreprise conserve la connaissance et la capacité à défendre son dossier.

Exemple : un modèle hybride qui réduit le risque sans exploser le budget

Exemple : Entreprise C est une ETI avec une R&D structurée. Elle tient une documentation projet solide, mais veut éviter les angles morts et standardiser ses dossiers. Elle internalise la préparation, puis fait auditer chaque année le dossier et l’assiette par un cabinet qui apporte une revue critique.

Le cabinet intervient aussi ponctuellement sur les sujets complexes, comme la sous-traitance R&D et la qualification de projets aux frontières. L’entreprise conserve la maîtrise, mais bénéficie d’un filet de sécurité.

Comment estimer le coût total de chaque stratégie, au-delà des honoraires ?

Pour décider, un CFO doit raisonner en coût total, pas seulement en facture.

Internaliser génère un coût interne, souvent invisible : temps R&D mobilisé, temps finance, temps de coordination, formation, outils de suivi des temps, et coût de conformité. Ce coût peut être très élevé dans les organisations où la traçabilité est faible.

Externaliser génère un coût externe, visible, mais peut réduire le coût interne. Toutefois, si l’entreprise ne pilote pas le cabinet, elle paiera aussi en coût interne pour répondre aux demandes, corriger des incompréhensions, ou réconcilier des chiffres.

Le modèle hybride, s’il est bien conçu, permet généralement de stabiliser le coût interne et de limiter le coût externe, tout en maximisant la sécurité.

Comment le choix internaliser ou externaliser influence-t-il votre capacité à passer un contrôle ?

La capacité à passer un contrôle dépend moins de qui a écrit le dossier que de sa qualité, de la cohérence des preuves, et de la capacité de l’entreprise à répondre.

Le cadre général du contrôle et des échanges est rappelé dans la doctrine sur le contrôle fiscal des crédits d’impôt. En pratique, une entreprise doit être capable d’expliquer ses projets, ses incertitudes, ses itérations, ses livrables, et son assiette.

Un dossier rédigé par un cabinet ne protège pas si les équipes internes ne savent pas le défendre. Inversement, un dossier internalisé peut être très solide si l’entreprise a une documentation vivante et une narration claire.

Quels critères concrets permettent de choisir la bonne stratégie pour votre entreprise ?

Le premier critère est la maturité. Une entreprise novice a rarement intérêt à internaliser à 100 % dès la première année, sauf si elle dispose déjà de compétences internes solides.

Le deuxième critère est la stabilité des projets. Plus les projets sont récurrents, plus l’internalisation devient rentable. Plus ils sont multiples et changeants, plus l’externalisation ou l’hybride est pertinent.

Le troisième critère est la capacité de documentation. Si l’entreprise ne documente pas naturellement ses itérations et ses essais, elle aura du mal à produire un dossier défendable sans méthode externe.

Le quatrième critère est l’appétence au risque. Certains dirigeants veulent maximiser, d’autres veulent sécuriser. La stratégie doit refléter ce choix, et rester alignée avec la doctrine sur les dépenses de recherche éligibles.

Est-il pertinent de faire évoluer sa stratégie dans le temps ?

Oui, c’est même fréquent.

Beaucoup d’entreprises démarrent avec une externalisation, puis internalisent progressivement à mesure qu’elles montent en compétence. D’autres internalisent, puis ré-externalisent ponctuellement lors d’un changement de périmètre, d’un changement d’équipe, ou d’un contrôle.

La stratégie n’est pas un choix figé. Elle doit être revue comme un processus de gouvernance, au même titre que la comptabilité, le contrôle de gestion ou la conformité.

Points clés à retenir

  • Internaliser le CIR augmente la maîtrise mais nécessite des compétences techniques, fiscales et de pilotage
  • Externaliser apporte expertise et vitesse, mais peut créer dépendance et coût récurrent
  • La stratégie hybride est souvent la plus équilibrée pour conserver la connaissance tout en sécurisant les points sensibles
  • Le risque fiscal dépend d’abord de la qualité du dossier et de la traçabilité, pas du fait qu’un cabinet intervienne
  • La responsabilité de la déclaration reste celle de l’entreprise, quel que soit le mode d’organisation
  • Le bon choix dépend de la maturité, de la stabilité des projets, de la capacité de documentation et de l’appétence au risque
  • La stratégie CIR peut évoluer : externaliser au début, internaliser ensuite, ou utiliser une revue externe annuelle
  • Utilisez notre template CIR et celui sur les rapports techniques et coûts ! 

Choisir entre CIR internalisé, externalisé ou hybride revient à arbitrer entre maîtrise, coût total, charge interne et sécurité. Pour un CEO, un DAF ou un CFO, l’objectif n’est pas d’opposer un modèle “idéal” à un autre, mais de construire un processus soutenable, défendable et aligné avec la réalité des équipes. La meilleure stratégie est celle qui produit, chaque année, un dossier cohérent avec les critères officiels, une assiette propre, et une capacité de réponse solide en cas de question ou de contrôle.

Vous souhaitez vérifier si vos projets sont éligibles ? Contactez nos experts pour un diagnostic CIR gratuit et confidentiel, ou lisez notre ebook CIR  pour mieux comprendre.

Nous organisons un webinar sur le sujet le 30 mars, de 10h à 10h45. Inscrivez-vous ici :  Webinaire CIR - Les fondamentaux du Crédit Impôt Recherche (CIR) |


Nos actualités

Nous contacter

N’hésitez pas à nous contacter pour échanger et voir comment Myriad Consulting peut optimiser et sécuriser vos opportunités de financement R&D.

Contactez-nous