La stratégie d’innovation française pour la mer

Disposant du deuxième plus grand espace maritime mondial, la France voit en la mer un enjeu stratégique de premier plan. Quelle politique les pouvoirs publics mettent-ils en place pour préserver cet espace et tirer parti de son potentiel d’innovation ?

Olivier Equey

Manager en fiscalité de la recherche – France

06/06/2022

5 minutes de lecture


Avec plus de 10 millions de km² répartis dans tous les océans à l’exception de l’Arctique, l’espace maritime français est le deuxième plus grand au monde. Ressource précieuse, mais aussi fragile, la mer est au cœur de l’attention d’une multitude d’acteurs scientifiques, économiques et politiques. Faisons le point sur les enjeux actuels du secteur maritime et la stratégie mise en place par les pouvoirs publics pour y répondre.

Les enjeux de la gestion maritime

Le potentiel économique de la mer est immense. Aujourd’hui, le secteur maritime français alimente pas moins de 500 000 emplois, en incluant le tourisme maritime. C’est plus que l’industrie automobile ou que le secteur bancaire ! A elle seule, la pêche représente près de 93 000 emplois directs et induits. De plus, la mer et le littoral offrent un immense potentiel industriel, dans le domaine des activités navales et portuaires, mais aussi en matière d’énergies vertes.

Les questions environnementales sont aujourd’hui un enjeu majeur pour le monde de la mer. D’une part, le secteur maritime peut devenir un levier de la transition écologique en faisant évoluer ses activités. D’autre part, les océans sont un écosystème fragile qui doit être protégé, préservé et étudié afin d’assurer sa durabilité. Par ailleurs, les questions marines revêtent une importance centrale dans les négociations internationales ayant trait à l’environnement. Ainsi, aujourd’hui, la maîtrise des océans est pour la France un enjeu de rayonnement économique, mais aussi de soft power et de diplomatie climatique.

La mer, une arène stratégique pour l’action publique

L’action des pouvoirs publics en matière maritime se déploie sur différents plans. Au niveau national, elle est encadrée par un ministère dédié. Différents établissements publics dépendent du ministère de la Mer, notamment les ports, sous cotutelle du ministère de la Transition écologique. Par ailleurs, certaines stratégies publiques relatives à la mer sont portées par des comités interministériels. C’est le cas, par exemple, de l’axe dédié aux grands fonds marins du plan France 2030.

D’autre part, le ministère de la Mer pilote depuis 2017 une stratégie nationale dessinant des perspectives à long terme pour le secteur. Elle souligne que “la politique maritime de la France se veut à la fois protectrice de la biodiversité et de la ressource, mais également soucieuse de développer une activité économique durable”. Ainsi, elle définit des objectifs complémentaires et indissociables relevant à la fois de la transition écologique, de la préservation, de l’économie bleue durable et du rayonnement. Elle établit également un cadre d’action mobilisant les différents acteurs du secteur afin de remplir ces objectifs.

De plus, un organisme est spécifiquement dédié aux enjeux d’innovation économique et industrielle relatifs à la mer. Il s’agit du CORIMER (Conseil d’Orientation pour la Recherche et l’Innovation des Industriels de la Mer), créé en 2018. Il a vocation à unifier le soutien à l’innovation dans la filière, et constitue dans ce but une enceinte de dialogue entre l’Etat et la filière. En définissant des axes d’action stratégiques, le CORIMER optimise le soutien public à l’innovation. Il flèche également les projets vers les dispositifs de soutien adaptés, par exemple dans le cadre de France 2030 ou du PIA (Programme d’Investissements d’Avenir). Le CORIMER met aussi en œuvre, avec Bpifrance, des appels à manifestation d’intérêt aboutissant au soutien de projets innovants.

“Economie bleue” : les axes d’innovation prioritaires pour la mer

Au-delà des enjeux de connaissance et de préservation du monde marin, l’innovation en matière d’économie bleue est donc une priorité nationale. Celle-ci doit permettre d’allier durabilité, retombées économiques, industrialisation et rayonnement. En combinant les feuilles de route du CORIMER et le rapport “Finance bleue” du ministère de la Mer, plusieurs axes d’innovation stratégiques se dégagent :

La décarbonation des navires

Le transport maritime a un rôle clé à jouer dans le respect des engagements climatiques de la France. Plus difficile à décarboner que d’autres modes de transport, il représente une part non négligeable de la demande de pétrole (5% à l’échelle mondiale) qui est appelée à croître.

A l’heure actuelle, différentes pistes sont étudiées pour la décarbonation du transport maritime, parmi lesquelles l’hydrogène et l’ammoniac. Cependant, aucun scénario industriel n’est arrivé à un degré de maturité suffisant et plusieurs défis sont encore à relever. Afin d’atteindre l’objectif d’une flotte zéro émission à l’horizon 2050, la décarbonation des navires est un axe clé du récent appel à manifestation d’intérêt du  CORIMER.

Les énergies marines renouvelables

La mer représente un terrain particulièrement propice pour la production d’énergies renouvelables. Celles-ci peuvent être éoliennes, mais aussi hydroliennes, marémotrices, houlomotriques, thermiques, solaires, etc. Depuis dix ans, les pouvoirs publics ont particulièrement misé sur l’éolien offshore, et sept parcs éoliens ont déjà été ouverts en mer. Leur développement devrait générer jusqu’à 15 000 emplois dans les prochaines années.

Pour la France, ces technologies représentent à la fois un enjeu d’autonomie énergétique, de puissance industrielle et de respect des engagements climatiques.Toutefois, elles doivent développer leur attractivité en accroissant leur rendement tout en minimisant les coûts. Elles doivent également se prémunir d’un risque d’absorption par des entreprises internationales. Par ailleurs, la piste d’applications dérivées comme la valorisation du CO2 ou l’aquaculture demande à être creusée.

Le verdissement des ports

Les objectifs de développement des énergies renouvelables maritimes et de décarbonation du transport convergent vers celui du verdissement des ports. Or, la décarbonation des ports est un enjeu écologique majeur aussi bien qu’une opportunité économique. En 2017, les grands ports français représentaient 10% des émissions de CO2 du pays. Aujourd’hui, en plus de décarboner leurs activités, ceux-ci doivent devenir des hubs énergétiques et numériques pour répondre aux futurs besoins des usagers.

La bioéconomie marine durable

L’investissement dans le capital naturel des océans est également l’une des priorités de la France. Le spectre de la bioéconomie marine durable est large et englobe les innovations en matière de :

  • technologies de protection et d’exploration des écosystèmes, grands fonds marins inclus (balises, capteurs, satellites, outils de cartographie…),
  • protection des coraux et mangroves afin de préserver les écosystèmes qu’ils protègent et les activités liées,
  • aquaculture durable,
  • culture et transformation des algues pour différents secteurs (alimentation, biostimulants des sols, médicaments, cosmétique, biomatériaux, captation de carbone…),
  • captation de carbone par les océans et leurs organismes,
  • lutte contre la pollution des océans.

Comment obtenir un accompagnement pour son projet innovant autour de la mer ?

Univers aux enjeux transverses et aux multiples opportunités en matière d’innovation, la mer fait l’objet de nombreux dispositifs d’accompagnement. Si votre entreprise développe un projet de recherche et développement ou d’industrialisation innovante dans le domaine maritime, nous pouvons vous aider à identifier l’ensemble des guichets auxquels vous adresser pour solliciter un soutien public. N’hésitez pas à prendre contact avec les experts de Myriad Consulting pour bénéficier d’un accompagnement sur mesure.


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